vendredi 25 novembre 2011

Le Westland, entre océan et montagnes !

Il s’agit d’un des nombreux coups de cœur de ce pays fantastique !
Cette région étirée et coincée entre les Alpes néo-zélandaises (sommets à plus de 3 500 m) et l’Océan, est frappée de plein fouet par les vents d’ouest amenant de nombreuses dépressions des quarantièmes rugissants(*). Les précipitations y sont régulières et intenses. De ce fait, on y observe un climat bien particulier, ayant pour conséquences une moyenne de plus de 170 jours de pluie par an, ce qui a entraîné le surnom de Wetland (wet = humide) à la région. Un total de 5 000 cm de précipitations annuelles en moyenne est comptabilisé à Fox Glacier !
Ceci a façonné le paysage de cette région si singulière avec de superbes lacs, des glaciers immenses, des torrents et des plages sauvages et désertes.
Mais on remarquera surtout la présence de denses forêts pluviales. C’est ici qu’on trouve l’espèce de palmiers la plus au sud de la planète !




Notre traversée de la région ne dérogera pas à la règle, les averses se succèdent, mais lorsque le soleil sort, cela donne une luminosité extraordinaire!


Coupée du reste de l'île par cette barrière naturelle à plus de 3000 m d'altitude, la côte ouest s'étend sur 600 km, mais ne fait pas plus de 19 km de large ! Cette terre de pionniers, inhospitalière mais superbe, attira en masse les chercheurs d'or. Des villes aux conditions de vie difficiles sortirent de terre du jour au lendemain dans les années 1860, lorsque le Wetland se hissa très brièvement au rang de première région du pays en terme de développement et d'exportations. Les villes furent laissées à l'abandon quand l'or vint à manquer, mais l'économie se tourna vers l'extraction de charbon. Les habitants de la côte sont fières de leurs racines ouvrières, et se considèrent comme des gens vaillants ne comptant que sur eux-mêmes. Aujourd'hui, la région est l'une des moins peuplées du pays, et les villes tentent tant bien que mal de retenir les jeunes. Dans l'avenir, elle mise sur le tourisme.

On ne prend pas la peine de s'arrêter à Westport, une ville carrefour plutôt austère. Celle-ci est le port principal de la côte ouest, situé à l'embouchure de la Buller. Les ressources en or étant plutôt faible, c'est les mines de charbon qui ont fait vivre cette cité depuis des siècles.




De très beaux sites naturels sont à notre portée. Nous commençons par le cap Foulwind (littéralement : "gros temps") et son phare, à seulement une dizaine de kilomètres de Westport. Ce cap est le repère d'une grande colonie d'otaries qui a élu domicile dans la Tauranga Bay.




Un weka, oiseau néo-zélandais ne sachant pas voler, nous suit depuis un moment sur le chemin


Après la chasse, les otaries à fourrure ont pour habitude de venir se reposer sur les rochers de Tauranga Bay


La côte ouest est une terre à la fois densément boisée et désolée. Lorsque Cook la longea en 1770, il nota dans ses carnets : "Aucun pays ne semble plus sauvage et plus aride." Brunner, premier Européen à parcourir cette côte la trouva même intimidante, ne comprenant pas la raison pour laquelle les indigènes avaient choisi de vivre ici.
Pourtant peu de Maoris vivaient dans cette région qui possédait pourtant un trésor : la néphrite. Depuis le 15ème siècle, la tribu maorie vivant dans le Wetland contrôlait le commerce de cette pierre semi-précieuse appréciée dans l'île du Nord.


La courte balade du Truman Track nous emmène au cœur de la forêt de Nikau. Le Paparoa National Park a conservé une végétation indigène et variée. Le chemin s'enfonce dans une forêt subtropicale jusqu'à une cascade et une côte rocheuse creusée de cavernes et d'un trou d'où jaillissent des panaches d'eau de mer.





Woodpecker Bay,
















Les monts brumeux qui dessinent la côte, vus depuis Kaipakati Point



Les Pancake Rocks, évoquant des empilements de crêpes sont considérées comme la curiosité principale du nord du Wetland. Ces roches calcaires érodées qui se sont peu à peu élevées du fond de la mer sous l'action sismiques, et qui forment aujourd'hui des couches ressemblant à une pile de pancakes. La randonnée de Pancake Rocks and Blowholes, de niveau facile, s'effectue en 20 minutes depuis le village au bord de la route. Au bout du chemin, on peut voir la majeure partie de ces sculptures naturelles fouettées par les pluies battantes venues de la mer de Tasman. Elles  participent à la beauté étonnante de cette côte qui fait partie du parc national de Paparoa.

L'érosion conjuguée du vent, de la pluie et de la mer leur a donné cet aspect en évidant de fines couches de roche meuble prises entre des strates de calcaire plus dur.

Les blowholes (ou geysers maritimes) sont une conséquence indirecte de l'érosion. Les vagues qui viennent s'écraser sur la côte entraînent peu à peu l'éboulement des roches les plus friables, puis la formation de grottes sous-marines. Au fil du temps, des morceaux de plafond se détachent. Lorsqu'une vague se déverse dans l'entrée de la grotte, l'eau passe dans les trous et la pression due au battement des vagues provoque de fortes éruptions d'eau.





Étrange formation rocheuse compacte
















Les maoris ont donné toute sorte de signification à ce qu'il les entoure


Située à l'embouchure de la rivière Grey, la ville de Greymouth est la plus grande de la côte ouest. Avant l'arrivée des colons, c'était une grande colonie maorie nommée Mawhera.
Cette ville qui nous paraît un peu morose ne donne pas envie de rester, d’autant plus qu’elle a le triste record de la ville la plus pluvieuse du pays ! La ville porte bien son nom, c'est gris aussi bien dans la ville que dans le ciel !
Le matin, d'étranges nuages sont poussés par The Barber (le "barbier"), un vent glacial aussi coupant qu'un rasoir venu de la vallée de la Grey.
C’est la région la moins habitée de Nouvelle-Zélande, ce qui est expliqué, en outre de son isolement, par le fait que la culture est presque impossible sous un tel climat (sols sont trop souvent infertiles, trop caillouteux ou trop marécageux et lessivage des sols à cause des très fortes précipitations). De plus la forte humidité empêche l'élevage des moutons et la Grey a provoqué d'importantes inondations.


On passe Hokitika, mais la nuit est en train de tomber. Cette ville connut son heure de gloire lors de la ruée vers l'or, à l'époque où elle était capitale du Westland. Mais elle tomba dans l'oubli au 20ème siècle. La ville est aujourd'hui renommée pour ses ateliers de sculpture de néphrite. Cette variété de jade diffère de la jadéite (plus légère et plus rare), prisée en Chine. La néphrite se forme dans les failles alpines. Les rivières transportent ensuite les fragments de pierre. Pendant des siècles, ce matériau fut la principale source de commerce entre les Maoris de l'île du Nord et de l'île du Sud. Depuis 1997, c'est une tribu maorie qui possède tous les gisements de néphrite de la côte ouest.





Les deux glaciers du Westland, le Franz Josef et le Fox, sont ceux dont les terminaux (bas du glacier) sont les plus bas du monde (pratiquement au même niveau que la mer et très proches de celle-ci), on en observe aussi en Argentine.
La plupart des centaines de milliers de visiteurs annuelles qui entrent dans la région vont directement à ces glaciers qui sont parmi les plus facile d'accès de la Terre. Ces grandes vallées de glace de 300 m de profondeur se dressent dans un décor de forêt humide. Les randonnées sur la glace se font avec l'accompagnement d'un guide.

Inscrits au sein du parc national de Westland Tai Putini, ces glaciers "coulent" directement du massif comprenant le mont Cook, point culminant du pays. Du fait de leur orientation, côté ouest, ils retiennent les nuages et l'humidité venant de la mer de Tasman. Les importantes précipitations déversent de grands volumes de neige sur les montagnes, alimentant les quelques 140 glaciers du parc, mais le Franz Josef et le Fox, les plus imposants, contiennent à eux seuls les deux tiers de la glace du parc.
Ces deux colosses de glace aux reflets bleutés s'enfoncent dans la forêt, mais n'avancent pas. En un siècle, ils ont reculé de plus de 2,5 km, malgré de modestes avancées dans les années 1990.

Le glacier Franz Josef, long de 12 km, fut nommé d'après l'empereur austro-hongrois par le géologue allemand Julius von Haast qui explora la région en 1865. Le front de ce glacier escarpé vieux de 7000 ans se situe à 19 km de la mer. A sa place se trouvait jadis un glacier encore plus ancien qui jouxtait la mer. La fonte des glace alimente le Waiho que l'on longe un peu pour s'approcher du glacier.

Le Fox Glacier attire moins de visiteurs que son voisin. La marche pour l'atteindre est d'un niveau pourtant plus facile et les vues non moins splendides. Ce glacier fut baptisé ainsi d'après William Fox, ancien premier ministre néo-zélandais du 19ème siècle. Fox Glacier fait 13 km de long et possède un dénivelé de 2600 mètres.

Un glacier se forme par l'accumulation dans une vallée de couches de neige qui, au fil du temps, s'entassent et se transforment en névé. Celui-ci devient de plus en plus compact sous la pression exercée par son propre poids et se change en glace.
Les glaciers Fox et Franz Josef se situent dans une zone tempérée, sur un sol plus chaud que dans la plupart des régions glaciaires. C'est ainsi qu'une certaine quantité de neige fondue se trouve à la base de ces glaciers, ce qui les fait glisser vers le bas de la montagne. Cette friction accroît à son tour la fonte et le glissement vers l'aval ; les glaciers de la côte ouest se déplacent très rapidement par rapport à leurs congénères, jusqu'à 4 mètres par jour.
Les glaciers subissent aussi un mouvement intérieur, car les couches qui les composent ne se déplacent pas toutes à la même vitesse. La couche supérieure du Fox et du Franz Josef (épaisse de 20 m environ) bouge plus vite, mais elle est aussi plus fragile et a tendance à se craqueler, entraînant la formation de profondes crevasses. C'est pourquoi les glaciers sont si dangereux : de fortes chutes de neige peuvent recouvrir les crevasses et créer des ponts de neige qui peuvent céder sous le poids d'un alpiniste.
En s'écoulant, les glaciers creusent leur substrat rocheux et entraînent avec eux une grande quantité de débris comme d'énormes pierres et de la fine poudre de roche. Cette poudre, dite farine de roche, donne leur couleur gris laiteux aux rivières glaciaires. Les débris se déposent sur les côtés et forment des tas de graviers et de roches : les moraines.
Avec le temps, les glaciers forment de profondes vallées en auge (en "U"), par opposition aux vallées fluviales, en "V". De nombreux lacs de l'île du Sud sont le résultat d'anciens glaciers fondus depuis longtemps.




La route SH6 nous emmène ensuite le long de Bruce Bay, puis après avoir bifurqué dans les terres, la route repart en direction de la mer à Knights Point, d'où la vue panoramique sur l'océan est de toute beauté. En face, l'immensité de la mer de Tasman qui sépare la Nouvelle-Zélande de l'Australie.

On passe au travers de grandes forêts pluviales de basse altitude, où une dense végétation composée de fougères et de podocarpes profite d'importantes précipitations (5000 mm annuel au village de Franz Josef, soit environ 10 fois plus que celles que l'on reçoit en France).

On longe la côte jusqu'à Haast, hameau à l'embouchure de la rivière du même nom. Il ne constitue guère plus qu'une étape et un point de ravitaillement en essence pour les automobilistes.

Au-delà de cette ville, la route s'enfonce définitivement du côté des montagnes. Dans une région accidentée et très sauvage, le littoral plus au sud attira les colons qui tentèrent de s'installer, mais l'isolement extrême et les pluies torrentielles découragèrent tout espoir de développement.
Encore plus au sud, la côte se transforme petit à petit en fjords. Mais ceux-ci ne sont accessibles par le bord de mer. Le plus célèbre d'entre eux, le Milford Sound, est prévu au programme mais quelques jours plus tard.




Bruce Bay




Un seul passage dans la région enclavée du Westland se faisait au nord par les cols d'Arthur's Pass et Lewis Pass, jusqu'à ce que Haas Pass Road soit ouverte au sud en 1965.


Quittant pour de bon le Westland, on retrouve les hautes montagnes des Alpes néo-zélandaises qui offre un cadre enchanteur aux paysages traversés. La route monte jusqu'au Haast Pass avant de retomber dans les vallées de Wanaka et de Queenstown.










(*) Définition des quarantièmes rugissants (Roaring Forties) : nom donné par les marins aux latitudes situées entre les 40e et 50e parallèles dans l'hémisphère Sud, appelées ainsi en raison des vents forts établis, venant majoritairement de l'ouest. Parce qu'il y a moins de masses de terre pour casser la mer et les ralentir, les vents sont particulièrement violents et la mer formée, notamment dans le sud de l'océan Indien, qui est aujourd'hui inclus dans ce qui est connu comme l'océan Austral.


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